21h25.
Je suis seule dans le bus Veyrier/Douane - Gare Cornavin.
Vogt et Pergamentchikov me racontent un Brahms qui m'échappe.
Lumière blaffarde et pâle des néons qui fonctionnent mal.
Les lampadaires que nous dépassons éclairent de leur lumière furtive des yeux trop brillants. Inlassablement.
21h44.
Dans le hall de la gare, beaucoup de monde. Des gens qui sourient, se retrouvent, s'embrassent, se parlent, se disent je t'aime, rient, s'enlacent, se font signe, courent, regardent leur montre, se disent aurevoir, tirent des bagages...
Pas de train pour Neuchâtel à 22h13.
Plus de train pour rentrer.
Ma veste est trop légère.
Train pour Lausanne à 22h45.
Il est 22h45.
Les portes claquent derrière moi.
22h10.
Schumann me chuchote de vaines promesses. Pas pour moi. Plus pour moi.
Le train est vide.
Les mots de Bori résonnent dans ma tête.
Mes larmes reflètent sa tristesse...
"I say it to you friendly. I'm not your teacher. Please, remember what I said..."
Mon moleskine avale ces émotions trop brûlantes, trop désordonnées.
22h30.
Quelque rares voyageurs lisent le journal sur la banquette en bois du hall de gare de Lausanne.
Correspondance pour Neuchâtel dans 15 minutes.
Violoncelle et piano... comme un chant d'adieu.
Une femme passe, blonde, minijupe, jambes laides, sans bas, escaprins talons-aiguilles.
Je voudrais m'endormir et oublier.
23h10.
Le paysage nocturne défile comme un songe.
un train grouillant de monde en effervescence.
L'air est chaud, irrespirable.
Les minutes s'écoulent lentement sur le cadrant de la montre de père de famille qui me fait face.
Je ne comprends pas les rires de Milhaud...
23h37.
Bleu et gris sous des néons aveuglants.
Un couple se chuchote des douceurs au creux de l'oreille.
Odeur de kebab imprègne tout le train.
Graffitis gravés sur la vitre et le tissus.
23h40.
L'air frais me claque au visage.
Je prends une grande goulée d'air, les larmes fusent.
La culpabilité me noue la gorge.
Je veux l'avaler, elle résiste.
00h10.
Dans le noir.
Les doutes m'assaillent.
La peur est un monstre terrifiant.
Je voudrais fuir. Me fuir...
Des cris étouffés dans l'oreiller.
°o0oo
Bach. Prélude et fugue travaillé lentement, calmement, bien au fond des touches.
Les aiguilles courent sur l'écran, mon jeu se fait plus fluide, la sensation de la touche, si dure et si douce à la foi, me fait sourire.
Schubert. le métronome, débarassé de l'épaisse couche de poussière qui le recouvrait, émet son joyeux tic-tac à 102. Moderato. Jouée lentement, la sonate se révèle être riches de sentations physiques très agréables. Un simple passage du pouce devient un plaisir tactile. Mes doigts s'amusent, cherchent le contact chaleureux du bois. Des frissons de joie dans la nuque.
